Metroid Prime 4: Beyond : entre génie et lourdeurs
Après une attente interminable de 18 ans, Metroid Prime 4: Beyond arrive enfin sur Nintendo Switch et Switch 2. Le retour de Samus Aran réussit par moments à capturer l’essence mélancolique et immersive qui a fait la renommée de la saga. Cependant, cette ambition de vouloir aller « au-delà » (Beyond) se heurte à des choix de conception discutables qui freinent une expérience qui aurait pu être magistrale.

Une atmosphère saisissante, une structure décevante
Le jeu brille particulièrement dans ses donjons. Le level design est exemplaire, soutenu par une réalisation visuelle de haut vol sur Nintendo Switch 2. L’exploration à la première personne reste le cœur battant de la série : analyser l’environnement, scanner les créatures et reconstituer l’histoire d’une civilisation disparue sur la planète Viewros reste une activité profondément gratifiante.
Pourtant, le titre peine à maintenir ce niveau d’excellence dès que l’on sort de ces zones cloisonnées. Deux ajouts majeurs ternissent l’expérience globale :
- Des pouvoirs psychiques rigides : Loin d’offrir la fluidité espérée, ces capacités manquent de souplesse. Leur utilisation, qui nécessite de jongler entre les visières et des temps de charge, alourdit inutilement le rythme des combats et des énigmes.
- Un overworld encombrant : La Sol Valley, zone centrale servant de hub, souffre d’un vide abyssal. Malgré l’usage d’une moto, les allers-retours deviennent rapidement une corvée, multipliant les temps de chargement sans apporter la profondeur espérée.

Une narration en demi-teinte
L’intrigue place Samus sur Viewros après une escarmouche contre Sylux, un antagoniste dont la présence semble forcée. Le jeu tente une approche narrative plus linéaire, mais peine à convaincre. La figure de Sylux, héritée de Metroid Prime Hunters, manque cruellement de charisme et d’enjeux réels. Les interactions avec les personnages secondaires, comme l’ingénieur Mackenzie, apportent une certaine humanité, mais les relations restent souvent superficielles, empêchant le joueur de s’attacher véritablement aux enjeux émotionnels de la mission.

Le paradoxe de la progression
Le gameplay, en dehors de ces nouveaux pouvoirs, reste solide. Les affrontements contre les boss, basés sur l’observation et l’exploitation des faiblesses, sont bien pensés. La progression, rythmée par l’acquisition de nouvelles capacités, respecte la tradition Metroidvania. Toutefois, la structure imposée par le jeu force le joueur à des détours laborieux pour installer des améliorations, transformant ce qui devrait être un sentiment de montée en puissance en une simple succession de trajets fastidieux.


Un bilan contrasté
Avec une durée de vie d’environ 12 heures pour un taux de complétion de 90 %, Metroid Prime 4: Beyond propose une aventure dense, mais alourdie par un contenu superflu. Si les séquences dans les zones fermées rappellent pourquoi cette licence est unique dans le paysage du jeu vidéo, les ajouts « modernes » comme le monde ouvert de Sol Valley agissent comme un poids mort.

En voulant trop en faire, le titre s’égare. Metroid Prime 4 est une œuvre de contrastes : un jeu d’exploration fascinant, piégé dans une structure qui tente désespérément de se réinventer, au risque de perdre l’équilibre qui faisait sa force.

