Capcom : le secret de la longévité de ses franchises cultes
Le succès durable de franchises emblématiques comme Resident Evil, Monster Hunter ou Street Fighter ne doit rien au hasard. Selon Haruhiro Tsujimoto, président et COO de Capcom, la pérennité de ces titres repose sur une stratégie industrielle majeure : le détachement de la vision d’un créateur unique au profit d’une approche collective.

Dans une industrie souvent dépendante de figures charismatiques, Capcom a choisi de rompre avec le modèle des « jeux portés par un individu ». Tsujimoto explique à Famitsu que, traditionnellement, lorsqu’une série devient dépendante d’un seul développeur, son avenir est menacé dès que cette personne quitte le projet ou l’entreprise. « La direction de la série devient liée aux idées d’un seul créateur », souligne-t-il, citant une tendance qui a marqué l’histoire du jeu vidéo.
Une restructuration radicale du développement
Pour éviter ce piège, Capcom a opéré un virage stratégique profond. L’éditeur a délibérément abandonné le modèle de l’auteur-star pour privilégier une intelligence collective. « Nous avons discuté du problème avec les figures centrales de chaque franchise et avons convenu qu’il fallait abandonner cette approche », précise Tsujimoto.
La nouvelle philosophie de l’entreprise repose sur ces piliers :
- Reconstruction systématique : Chaque titre est désormais pensé pour être reconstruit à partir de zéro, sans dépendre exclusivement des acquis d’un prédécesseur.
- Approche par équipe : La responsabilité du développement est partagée entre les membres du studio plutôt que concentrée entre les mains d’une seule personne.
- Acceptation du risque : Capcom a accepté l’idée que cette transition puisse entraîner une baisse temporaire des ventes, un prix jugé nécessaire pour transformer radicalement ses processus de production.
L’avenir des licences après le départ des créateurs
Cette méthode permet aujourd’hui à Capcom d’envisager l’avenir de licences comme Devil May Cry avec sérénité. Malgré le départ de figures créatives clés, comme Hideaki Itsuno, l’éditeur se dit prêt à confier ces marques à des équipes capables de perpétuer leur succès. Le cas de Devil May Cry 5, qui a atteint un record de ventes annuelles sept ans après son lancement, illustre la pertinence de cette stratégie de gestion de catalogue sur le long terme.
En s’affranchissant de la dépendance aux personnalités individuelles, Capcom s’assure que ses franchises restent dynamiques et adaptables, capables de survivre aux mutations internes et aux évolutions du marché. Une leçon de gestion qui explique pourquoi, des décennies plus tard, les licences de l’éditeur japonais restent au sommet de l’industrie.